Enseigner l’histoire de l’Holocauste/la Shoah* sans les survivants

* Parmi les pays francophones, une majorité de locuteurs utilise désormais le terme « Shoah » ; au Canada et dans les documents en français de l’UNESCO, notamment, « Holocauste » est encore fréquemment utilisé. Dans les lignes qui suivent, « Shoah » apparaîtra préférentiellement, sans idée de substitution à d’autres vocables.

Depuis que l’on enseigne l’histoire de la Shoah, le témoignage direct des survivants fait partie intégrante de cet enseignement, et ce dans de nombreux pays. Dans les contextes éducatifs, les survivants ont apporté, et continuent d’apporter, de précieux témoignages, tant formels qu’informels, dans les salles de classe, les musées et lors des visites de lieux commémoratifs faites par les élèves.

Cependant, dans de nombreuses parties du monde de l’éducation, il faut désormais enseigner l’histoire de la Shoah sans la participation des survivants et d’autres témoins directs, qui pouvaient se rendre dans les salles de classe et parler aux élèves. Selon les données démographiques, les plus jeunes des survivants sont aujourd’hui septuagénaires ou octogénaires et beaucoup d’entre eux, sinon la plupart, étaient alors des « enfants cachés » et n’ont donc aucun souvenir des camps ou des mouvements de résistance. Il en va de même pour les « Justes parmi les nations » et les « Libérateurs ». Il faut donc remplacer ce mécanisme d’enseignement par un autre qui s’apparente autant que possible à l’écoute d’un survivant. Heureusement, on peut facilement accéder à un grand nombre de témoignages oraux qui peuvent être utilisés à des fins d’enseignement, en totalité ou en partie. L’Institute for Visual History and Education de la Shoah Foundation de l’Université de la Californie du Sud (USC) et d’autres établissements comme le Mémorial de la Shoah ou l’Institut national de l’audiovisuel (France) disposent de ces ressources et peuvent les mettre à disposition.

 

Naturellement, le témoignage des survivants n’est qu’une façon d’enseigner l’histoire de la Shoah. On peut acquérir des connaissances historiques auprès de sources très diverses, dont le témoignage des survivants, qui constitue une partie essentielle du processus..

L’Institut de la Shoah Foundation estime que, lorsqu’on y a recours de manière adéquate, de tels témoignages peuvent :

  • donner un visage à l’histoire.
  • aider les élèves à apprendre l’histoire du point de vue de l’individu.
  • aider les élèves et les enseignants à reconnaître la fausseté des stéréotypes, des idées préconçues et des généralisations.
  • aider les élèves à dissiper les idées préconçues qu’ils auraient pu avoir sur la période ou le sujet d’étude, et sur les événements ou les personnes concernées.    
  • aider les élèves à repérer les différents types de renseignements dans les principales sources.
  • sensibiliser les élèves pour qu’ils fassent la distinction entre les faits et les opinions, et entre l’information essentielle et non essentielle.
  • procurer aux élèves les moyens de bien comprendre l’histoire.
  • aider les élèves à comprendre les conséquences à long terme des persécutions et des traumatismes extrêmes.
  • exposer les élèves à des points de vue, des thèmes, des événements particuliers ou des concepts nouveaux et variés d’un événement ou d’une période historique.

Bien entendu, ces témoignages doivent être intégrés dans les programmes d’enseignement et replacés dans leur contexte historique, et étayés par une documentation adéquate. Les élèves doivent être préparés avant de visionner le témoignage et avoir l’occasion d’y réfléchir par la suite.

Maria Ecker, responsable du projet « Das Vermächtnis » (L’héritage) en Autriche, propose un certain nombre de suggestions intéressantes concernant l’utilisation des témoignages de survivants, qui s’appliquent au témoignage vidéo :

  • Saisir le caractère unique de la source – Si l’utilisation du témoignage se limite à écouter ce que le survivant a à raconter, on néglige peut-être la qualité la plus fascinante de ces entretiens. Si les élèves sont encouragés à regarder et à écouter attentivement, à observer comment une personne raconte son histoire (expressions du visage, gestes, propos, mélodie…), ils peuvent en tirer des enseignements précieux.
  • Tenir compte de la genèse de la source – La plupart des témoignages audiovisuels de survivants ont été enregistrés dans les années 1990. À cette époque, les survivants avaient vieilli et se remémoraient des expériences vécues des dizaines d’années auparavant. De plus, le témoignage est toujours le résultat d’un processus de communication : la personne qui interroge influe grandement sur le déroulement de l’entretien par ses questions et ses réactions verbales et non verbales aux faits racontés. Le lieu où se tient l’entretien définit également l’atmosphère et, par conséquent, donne le ton du témoignage.
  • Présenter le récit de vie dans son intégralité – Par manque de temps, il n’est généralement pas possible de le faire en classe et le cours se limite à aborder le thème de la persécution. Les élèves souhaitent et doivent en apprendre davantage sur la vie des survivants.

*Les enseignants doivent bien choisir les parties à visionner. Les élèves doivent être encouragés à consulter eux-mêmes d’autres témoignages.

Exemple de sites Web où l’on peut trouver des sources de témoignages audiovisuels à télécharger :

Exemples de sites Internet pouvant servir de référence :

 

A titre d'exemples, on pourra consulter et utiliser des extraits de ces témoignages en français de survivantes de la Shoah :

 

 

Ruth Posner, Jewish survivor. USC Shoah Foundation.
Ruth Posner, Jewish survivor. Image courtesy of USC Shoah Foundation.